RITALINE
12 juin 2017
DESERT
12 juin 2017

FESSEE

Fessée

 

 

Non dolet, Paete! (1)

 

 

 

Je dédie tout naturellement cet article hautement mathématisé

 

(ainsi que les fessées qui vont avec)

 

à Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff,

 

authentiques génies du calcul économique (2)

 

 

 

Périodiquement, le débat sur la fessée ressurgit dans la presse, et suscite de graves et robustes contributions, des empaillages passionnés, et des propositions de lois visant plus souvent l’interdiction de la chose que sa promotion. Tout médecin digne de ce nom, jouissant d’une réputation enviable et, il faut bien le dire, méritée, ainsi que d’un crédit scientifique incontesté, se doit d’apporter sa pierre à l’édifice de cette réflexion collective, d’un intérêt fondamental, et qui mobilise, qui ne le voit, les meilleurs esprits de ce temps.

 

Il n’y a donc, sans doute, à propos de cette délicate question, rien de plus urgent que de déculotter le fond de notre pensée, et de mettre gracieusement à la disposition de nos contemporains, que, trop manifestement, ce grave problème angoisse, nos réflexions, observations et conclusions.

 

Grand admirateur de François VI, Duc de La Rochefoucauld, Prince de Marcillac, le bon Docteur Tuffet propose parfois à son aimable clientèle quelques maximes, ciselées à loisir, destinées à l’instruction de nos jeunes parents inexpérimentés.

 

L’une de celles-ci, sans doute l’une des plus brillantes, s’énonce comme suit:

 

 » Les devoirs sont aux vacances ce que les fessées sont au derrière ».

 

On admettra bien volontiers qu’il y a là une remarquable relation d’équivalence.

 

Soit des devoirs dt, des vacances vafs les fessées, et dr le derrière, cette relation, critiquable, on en convient, mais au demeurant pittoresque, reste, en première approche, suffisante pour un environnement social approximatif mais néanmoins géométriquement euclidien, et peut s’écrire:

 

dt/va = fs/dr

 

(devoirs/vacances = fessée/derrière)

 

Le produit des extrêmes étant égal au produit des moyens:

 

Il vient:

dt x dr = va x fs

 

(devoirs x derrière = vacances x fessée)

 

D’où, enfin, une robuste définition de la fessée:

 

fs = dt.dr / va                    (a)

 

(fessée = devoirs x derrière / vacances)

 

Et, subsidiairement, un bon résultat n’arrivant jamais seul, une définition du travail susceptible de faciliter grandement, dans les discussions ardues que laisse présager le projet, que dis-je, la décision présidentielle, de Pacte de Responsabilité, le travail du Ministre du Travail et des Syndicats de Travailleurs (exeunt le Ministre et les Syndicats des je-m’en-foutistes!), accessoirement du Patronat, qui, lui, c’est bien établi, ne travaille pas:

 

Les vacances (3) étant (supposées être) l’inverse du travail W, lui même défini comme le produit d’une force par un déplacement ou une longueur (d’avance):

 

va = dt.dr/fs

 

(vacances = devoirs x derrière/fessée)

 

et,

 

W = fs/dr.dt                    (b)

 

(W = fessée/devoirs x derrière)

 

Résultat élégant qui devrait, n’en doutons pas, nous réjouir autant que la démonstration du Théorème de Pythagore ou celle de la Conjecture de Poincaré (par Grigori Perelman, longue barbe renouvelée de Raspoutine et cueillette des champignons).

 

Le travail W se définit donc comme le quotient de la division (euclidienne) de la fessée (dividende) par le produit des devoirs par le derrière (diviseur)!

 

Que voilà une contribution consistante, adossée à une rigueur mathématique sans faille.

 

Autre résultat, tout aussi convainquant, soit dv, le devant, évidemment égal à 1/dr, et

 

dv = dt/fs.va                        (c)

 

(devant = devoirs/fessée x vacances)

 

d’où une définition, intéressante, et que je crois nouvelle, des OGE (organes génitaux externes), à ne pas confondre avec les OGM. Pour l’instant, puisque tendront certainement à les rapprocher dans un futur proche, voire à en faire une seule et même chose, les miracles de l’ingénierie génétique, des greffes d’organes ou autres joyeusetés prothétiques et mécaniques, ainsi que les développements de la loi sur le mariage pour tous. D’où, qui ne le voit, l’éminente utilité de la mathématique la plus abstraite.

 

Mais ces résultats, pour solides qu’ils soient, ne nous dispenseront pas de mieux définir les termes de la relation:

 

1 – À tout seigneur tout honneur, le derrière, objet mathématique par excellence, ressortit de cette belle science qu’est l’Arithmétique. Il est indéniable qu’il existe une relation d’une grande beauté entre le nombre de fesses, quantité d’une importance cruciale dès lors que l’on entend traiter de la fessée, et le nombre de derrières. Dans le domaine des mathématiques appliquées, il est clair que, pour les spécialistes de « l’Evénementiel » (ça, c’est un « sujet »!), la prévision du nombre de chaises à installer dans la salle prévue pour une réunion (toujours) importante, est grandement facilitée par le fait qu’il suffit de compter (4) le nombre de fesses et de le diviser par deux pour savoir avec exactitude le nombre de derrières à installer sur les dites chaises. Réciproquement, l’on peut aisément calculer le nombre de fesses présentes à cette réunion décidément cruciale en multipliant le nombre de derrières, ou de chaises, si l’on a procédé avec suffisamment de rigueur, par deux.

 

Il est évident que la question, mathématique, du derrière en soulève d’autres, tout à fait passionnantes, bien que relevant plus trivialement de ce que René Thom, appelait « les sciences molles ».

 

Passons sur les applications technologiques, comme cette machine à fessées électronique dernier cri dont j’ai équipé mon Cabinet de pédopsychiatrie à Auteuil, au titre de la dotation aux amortissements, et qui bénéficie de tous les derniers perfectionnements que permettent tant les nouveaux matériaux que les merveilles de l’informatique 2.0 (ou 3.0, je m’y perds): battoirs en titane, revêtements interchangeables sans manipulations externes, réglages fins pour petits, moyens ou gros derrières, vitesse et intensité des frappes gérés par des algorithmes complexes, commande à distance, avec fonction différée, grâce à une appli pour iPhone, écran vidéo pour passer des clips distrayants pour l’enfant pendant les opérations, et distribution de boissons fraîches pour les parents consciencieux qui souhaiteraient y assister au lieu de s’éclipser lâchement pour aller se descendre un coup de blanc au rade d’en face…

 

Mais pensez un instant à ce que serait notre quotidien si l’évolution nous avait doté de derrières à une ou à trois fesses! Les créationistes américains adversaires de Darwin apparaîtraient presque pour des gens de bon sens voyant dans l’anatomie de notre derrière une preuve de plus, s’il en était besoin, de l’existence de Dieu.

 

Le derrière à une fesse poserait d’insolubles problèmes de stabilité, déjà si ardus lorsque l’on voit la posture régulière de nos enfants en classe, affalés, la tête reposant sur le coude et la main gauches, le fil de l’iPod courant, sous la manche, de la poche gauche à l’oreille homolatérale, la vision en biais, à la gîte, de l’enseignant et de ce qui s’écrit au tableau, et la carotide gauche, plicaturée, peinant à assurer un débit suffisant à destination du carrefour pariéto-temporo-occipital gauche pourtant si essentiel aux apprentissages élémentaires.

 

Sans même oser envisager les problèmes que la nature, dans ce cas, aurait eu à résoudre pour un positionnement fonctionnel de l’orifice anal, et, avant les développements actuels des senseurs informatiques à usage médical, l’utilisation du thermomètre rectal d’autrefois: « suivez la fente, premier trou », ordonnait ma grand-tante Germaine, alors jeune infirmière, aux poilus blessés retour du front de la Grande Guerre, ignorants qu’ils étaient de leur propre anatomie fondamentale.

 

Le derrière à trois fesses poserait, lui aussi, des problèmes difficiles aux fabricants de pantalons, de slips, de strings, de couches culottes, aux designers de chaises et fauteuils, aux compagnies aériennes, ainsi que, horribile dictu, aux gendarmes (leur filer le train) et aux voleurs (avoir les flics au cul).

 

On frémit à l’évocation de derrières à n fesses, n>3.

 

D’autant que tout espoir n’est pas perdu, puisque comme le disait si excellemment Monsieur de Buffon: « Dans la nature, tout ce qui peut être, est ».

 

2 – Les vacances, autre variable qui, elle, possède le privilège d’intéresser (ou presque: rares allergies) tout le monde. Tout le contraire d’une variable d’ajustement.

 

Le cadet de mes fils, bel esprit mathématique, manifesta très tôt un vif intérêt pour cette variable sympathique. Nous sommes en début de CE1, les deux mois ensoleillés face à la grande bleue sur la terrasse de St. Aygulf sont encore bien présents dans nos têtes et dans nos cœurs. Comme d’hab´, le programme de l’année qui commence à été balayé pendant l’été sous la forme d’une revue critique de quelques manuels – parmi les moins moches et les moins cons que j’aie pu trouver chez Gibert début juillet – et les conversations y afférentes, brèves, certes, mais aimables et tout à fait détendues. Les dits manuels ont été revendus fin août, place désormais aux profs, à leurs propres manuels et à leur vision personnelle des choses

 

Dimanche tranquille après-midi. Il vient me trouver: – « Tu sais, je viens de compter les vacances que nous avons cette année ». – « En semaines ou en jours? » – « En semaines » – « Pour l’en-jour, qui n’est pas l’en-nuit, il suffit de multiplier par 7, et ça fait? » – « Seize semaines. » – « Bravo! Je constate sans déplaisir qu’il subsiste tout de même, dans ce pays, une certaine douceur de vivre… »

 

Il revient me voir un quart d’heure après. – « Tu sais, j’ai réfléchi et je pense que mon calcul n’est pas juste ». – « Personnellement il m’a paru tout à fait correct, mais tu as raison, il vaut mieux vérifier, il est sensible qu’un calcul, même modeste, soit d’une exactitude irréprochable. Et où serait donc l’erreur? » – « Eh bien, ne pense-tu pas qu’il faudrait rajouter les week-end? » – « Ça se tient, mais alors que fais-tu des jours fériés? » – « J’y ai pensé et aussi aux ponts, la Pentecôte, tu sais… » – « Encore bravo, cette fois ça semble tout à fait complet… »

 

Il revient un quart d’heure plus tard, vaguement inquiet cette fois, mais toujours suave: – « Tu sais, j’ai encore pensé: Tu ne crois pas que je devrais rajouter les recréations? »

 

Fin du calcul. Tant il est vrai que les mathématiques commencent quand le calcul s’arrête.

 

Les mathématiciens détestent calculer, qui trouvent toujours toutes les astuces possibles pour y couper.

 

Mes petits patients – « cet âge est sans pitié » – se penchent avec sollicitude et bonté sur mon espérance de vie, véritable enquête sur mon âge, si je me repose, si je fais de l’exercice, « tu ne fumes pas? tu ne bois pas d’alcool, j’espère. » Normal. Quand on s’est trouvé un bon Docteur, un des meilleurs, sinon le meilleur, on y tient, on mise sur sa longévité, dont dépend le R.O.I., c’est un investissement n’est-ce pas, on n’a pas envie qu’il calenche (et en même temps ça serait marrant, pas vrai?).

 

Coup d’œil soupçonneux: – « Docteur, tu es très vieux… » – « C’est vrai, tu as raison ». – « Tu as quel âge? » – « Ça, je ne te le dirai pas, parce que c’est indiscret, mais ça commence à faire beaucoup, en effet ». – « Tu ne vas pas mourir? » – « Ce n’est pas dans mes projets, tu sais, mais alors pas du tout (5) » – « Peut-être alors tu vas partir à la retraite!.. » – « Pas non plus, vois-tu, rester en pantoufles devant la télé à attendre la mort, ce n’est pas trop mon truc… » – « Comment? (franche incrédulité), mais tous les vieux vont à la retraite! » – « Réfléchis un peu. Si je pars à la retraite, je n’aurai plus de vacances… » Réponse dirimante, ça lui en bouche un coin. Passe encore de mourir, ou de périr d’ennui à la retraite, mais tout de même, pas de vacances?!! Impensable.

 

3 – Les devoirs posent effectivement, comme d’ailleurs la fessée, la question du nombre, uniquement d’un point de vue grammatical s’entend. Convient-il en effet de parler, comme il se fait usuellement, de devoirs de vacances ou plutôt du devoir devacance? Je reviendrai, à l’occasion, mais il y faudra un autre texte, sur les innovations en matière de devoirs auxquelles m’a mené une longue pratique des vacances, aussi bien avec mes propres enfants, que du fait de la nécessité, en clientèle, de conseiller parents et enfants sur cette délicate question, ainsi que de l’observation attentive de quelques exemples célèbres, je pense ici au regretté Monsieur Plaud, ancien directeur de Saint Jean de Passy.

 

Mais peut on imaginer des devoirs sans vacances et des vacances sans devoirs, comme d’ailleurs des fessées sans derrières et des derrières sans fessées?

 

On ne dira jamais assez tout le mal qu’il convient de penser (pensée convenue, évidemment, sinon unique) des devoirs de vacances. Tels qu’ils sont infligés aujourd’hui.

 

Et pourtant… Souvenons nous de ces après-midi d’été, dont la chaleur torride, qui inondait la campagne, nous faisait tous refluer à l’intérieur de la maison familiale, fraîche à l’abri de ses murs épais de plus d’un mètre, aux volets clos, depuis neuf heures, par la bonne Georgette, et dont on ne sortirait qu’après sept heures, pour dîner sur la terrasse, sous l’élégant clocher de l’église St. Jacques et la tutelle de notre délicieuse grand-mère, d’un bouillon de légumes glacé (le réfrigérateur était encore inconnu) servi dans des tasses de porcelaine fine.

 

Dans la calme pénombre de la chambre, éclairée seulement d’un rais de soleil filtrant de l’entrebâillement du volet, où dansaient une myriade de poussières légères, et toutes ces petites taches de lumière teintées de toutes les nuances de vert des arbres alentour, projetées, comme autant d’étoiles d’un planetarium magique, à travers les interstices et imperfections du bois, et dont on pouvait suivre, au fil des minutes et des heures, la lente migration et les changements de forme, de taille, de couleur, au gré de la marche du soleil autour de la maison: Devant nous, le traditionnel cahier de « devoirs de vacances », dont pourtant des armées d’instituteurs, ou des quarterons de doctes inspecteurs d’Académie s’étaient ingéniés à tenter de rendre les pages « amusantes », n’était là que pour faire valoir, ce n’était un mystère pour personne, d’une rêverie informe et douce, bercée du lent mouvement des taches diaprées, au rythme des brises légères, du bourdonnement agaçant des mouches dans la touffeur de l’été, du chant des criquets, et des rumeurs d’oiseaux parlant pendant le sommeil de leur sieste.

 

Nullement dupes, les adultes bienveillants (les parents heureusement étaient restés à Paris avec leurs intransigeances, tout heureux de se retrouver sans enfants comme à leurs débuts) demanderaient sans doute, mais sans grande conviction, « as-tu bien fait tes devoirs », question qui visait moins les « devoirs de vacances » que l’excellence d’une éducation patriotique, bourgeoise, républicaine et chrétienne, qu’un enfant bien élevé eûtà cultiver la conscience de ses devoirs, ce à quoi les vacances étaient sans doute jugées plus propices que le temps de l’école, et la famille plus efficace que la tutelle des hussards de la Laïque, dite « la communale », ou des pieuses religieuses de l’école privée, dite « l’Asile des Sœurs ».

 

Il est vrai que les « grandes vacances » duraient à l’époque trois mois, du premier juillet au premier octobre – le délicieux parfum de la rentrée au moment de la chute des feuilles est à retrouver dans les images de la Méthode Boscher – dans cette France rurale où les petits garçons participaient aux moissons en juillet, aux rogations en août, et aux vendanges en septembre.

 

En fin de compte, les devoirs de vacances n’avaient pas plus de rapports avec les devoirs ni avec les vacances que la merveilleuse conférence, ou « lecture« , de Marcel Proust, « Sur La Lecture », n’en a avec la lecture elle-même. Il y est question, en effet, non, on le sait, de la lecture en cours (« Le Capitaine Fracasse » de Théophile Gautier), mais, et avec quel talent, de tout ce qui entoure la lecture et le lecteur, tout ce qui fait son charme, l’odeur du papier, le poids du livre, le refuge dans un coin secret du jardin, les réflexions de l’oncle « coloriste et jardinier » – « et dire que c’est dans huit jours Pâques… » -, l’installation dans la salle à manger devant le feu avant que les convives n’arrivent se mettre à table – « ferme donc ton livre, nous allons déjeuner » – la description par le menu de la chambre de Combray et de ses courtilières en basin, les servitudes sociales et familiales qui nous éloignent hélas de notre livre, et nous contraignent à revenir un bref instant du monde enchanté dont il enveloppe notre rêverie, pour articuler d’aussi bien que l’on peut, afin de ne pas paraitre discourtois, un « non… non merci, cela va très bien ainsi » à la domestique dévouée qui, tout à son ouvrage, remarque comme en passant: « mais Monsieur, n’est pas bien installé comme cela pour lire, désire-t-il que je lui approche une table? »(6), où se marque moins le respect pour le jeune Maître, que celui qu’éprouvent ceux qui, par insigne malchance, n’ont pas eu l’heur d’apprendre à lire, pour cet acte, pour nous si banal et comme allant de soi, mais qui garde toujours, si l’on y prend garde, sa part irréductible de mystère.

 

4 – Et c’est bien parce qu’elle aussi demeure d’une certaine façon mystérieuse que la fessée, cette intrigante, revient répétitivement sur le devant de la scène, sans que les problèmes qu’elle pose soient pour autant résolus.

 

Les parents modernes sont épatants. Ils sont parfaitement conscients qu’à l’orée du XXI° siècle, nous devrions tous être capables tout de même d’élever nos enfants sans violence, ce qui ne veut pas dire sans contrainte. C’est au détour des entretiens que je leur réserve, hors la présence de leurs enfants, et parfois même sur le pas de la porte, au moment de se quitter, que l’aveu est murmuré, dans la confusion, le désarroi et malheureusement souvent la honte, imméritée car ce sont des gens de bien, « on en est même venus, Docteur, à lui donner des fessées.. »

 

Il faut qu’il en ait fait pour les pousser ainsi à bout. Ou qu’ils se soient perdus à ne plus rien y comprendre et à n’y plus voir goutte, dans leurs pérégrinations à travers bouquins, forums internet et certitudes assénées par toutes les bonnes âmes qui les entourent.

 

Une très scrupuleuse enquête, tant auprès des parents que des enfants, des frères et sœurs, des grand-parents, m’a convaincu que les fessées d’aujourd’hui sont, en très grande majorité, légères, courtes (une seule tape le plus souvent), non déculottées, et administrées à main nue, c’est à dire sans l’instrumentation complexe et terrifiante qui caractérisait les fessées de Madame MacMiche sur le derrière du Bon Petit Diable de Madame la Comtesse de Ségur, née Rostopchine (7).

 

Pas de martinet, pas de manche à balai, pas de rouleau à pâte, pas de savate. Ou ce sont devenus des raretés.

 

Il y a sans doute encore des exceptions, mais elles sont précisément des exceptions.

 

Bien sûr, c’est évidemment encore de trop. Bien sûr, il faut continuer à œuvrer pour faire disparaître toute violence dans l’éducation des enfants, comme il serait infiniment souhaitable qu’on la fasse disparaître de notre monde. Les campagnes d’information, les périodiques, les livres et articles de presse peuvent beaucoup, mais encore faudrait-il qu’ils soient vus ou lus par ceux qui sont concernés.

 

L’opprobre ne sert à rien, ni la culpabilisation. Ces violences sont sans doute résiduelles, même si elles peuvent toucher tous les milieux, pas seulement les plus pauvres, et si elles ne sont pas toujours le fait d’adultes ayant eux-mêmes subi des violences dans leur enfance.

 

Elles disparaîtront globalement avec le développement de nos sociétés vers plus de culture, moins de stress, moins de pauvreté, plus de respect des personnes, un meilleur état sanitaire, y compris sur le plan de l’hygiène mentale, et l’éradication et la prévention de tous les dysfonctionnement économiques, politiques et sociaux qui rendent encore difficilement vivables nos sociétés dites avancées. Malgré les progrès. Malgré le fait que nous ayons fait (ou plutôt seulement commencé à faire!) l’Europe, une Europe sans guerre depuis soixante-dix ans, et je rappelle combien, pour un homme de mon âge, la simple existence d’une chaîne franco-allemande comme Arte est déjà un miracle.

 

Il y aura encore sans doute des fessées. Mais rien à voir avec les fessées de l’ancien temps.

 

Lorsque j’étais enfant, la semaine d’école se terminait le samedi midi. Je rentrais à la maison, posais mon cartable dans un coin de la salle à manger, puis défaisais ma culotte pour recevoir la fessée; après quoi l’adulte qui s’était chargé de l’opération jetait un coup d’œil à mon carnet de notes pour vérifier à quel point on avait eu raison de m’administrer la dite fessée.

 

Mon père, officier d’active, à qui, comme c’était alors la règle, la Grande Muette attribuait deux chevaux de selle amoureusement entretenus par son ordonnance, et qui allait monter tous les matins six heures à l’Ecole Militaire, semblait considérer que les chevaux avaient une valeur supérieure à celle des enfants et à celle des siens en particulier (8). Tous les soirs, après examen soigneux des devoirs et récitation des leçons, venait le moment de la fessée, pour ma sœur aînée et moi-même (curieusement les deux cadets en furent exempts): administrée en règle générale à la cravache, plus rarement, mais ce devait être un honneur, à l’aide du « stick de commandement », un bambou ciré de quelque cinquante centimètres de long et cinq centimètres de diamètre, avec des nœuds particulièrement durs; déculottée comme il se doit; le nombre de coups était gradué à la mesure des « fautes » commises, manquements disciplinaires souvent véniels, fautes d’orthographe, mauvaises notes et punitions (double peine), erreurs de calcul, de conjugaison, dates d’histoire de France, préfectures et sous-préfectures de ce qui n’était pas encore le mille-feuille, et plus tard les fautes dans la récitation des déclinaisons latines et grecques, les conjugaisons des verbes irréguliers, les verbes en -mi, et ceux en -lo, -mo, -no, -ro, fleurons de la grammaire de l’abbé Petitmangin.

Et il n’y allait pas de main morte, il y mettait toute sa force.

La chose la plus stupéfiante est sans doute que notre mère ne se soit jamais interposée, ni même n’ait émis une parole pour faire cesser ce déferlement quotidien de violence.

 

De même le fait que cet homme sensé et cultivé, certainement intelligent, ancien de Ginette et de Saint Cyr, ait pu encore, dans les années cinquante, penser, probablement de bonne foi, car c’était un homme droit, un juriste éminent et un excellent chrétien, que les verbes irréguliers grecs pouvaient entrer dans le cerveau des enfants par le derrière.

 

C’était là, certainement, une grande ignorance de l’anatomie humaine, de l’architecture, même élémentaire, du système nerveux, et, même à l’état rudimentaire, de la psychologie de l’apprentissage. Pourtant les savoirs étaient là, et sans remonter à l’Emile, les travaux de Freud, de Piaget, de Steiner ou qui sais-je imprégnaient déjà nos sociétés.

 

Il y a là, si l’on y songe, quelque chose de bien curieux. Dans les fessées contemporaines, qui peuvent me paraître, à l’aune de cette expérience cuisante, vénielles et indulgentes, peut-être demeure-t-il quelque chose de ces croyances d’un autre temps que la violence pourrait être une solution, quelque chose de positif dont pourrait sortir un bien. Alors même que lorsqu’on écoute les parents, ils sont intellectuellement – et sincèrement – persuadés du contraire, au point qu’ils se disent, lorsqu’ils se sont surpris, le plus souvent de guerre lasse, à avoir donné une fessée, en contradiction avec eux mêmes et en porte à faux avec tous leurs principes et ce à quoi ils s’étaient fermement engagés, mutuellement souvent, lorsqu’ils avaient décidé d’avoir des enfants.

 

Il reste que les fessées d’aujourd’hui, dans la quasi totalité des cas, sont non préméditées, une réaction impulsive qui contient en elle-même sa propre limitation et les conditions de son extinction à mesure de la charge de culpabilité qui l’imprègne au moment même où elle est administrée.

 

Les actions collectives à grand spectacle, les « campagnes », sont peut-être utiles, mais il est possible que cette utilité soit limitée… et réservée à ceux qui les promeuvent. Il ne semble pas en tout cas qu’une loi soit ici ni utile ni nécessaire, sauf pour donner un surcroît d’ouvrage aux juges, aux commissaires de police et à l’Aide Sociale à l’Enfance, qui sont déjà surchargés, en sous-effectifs, et ont certainement beaucoup mieux à faire. Rien ne remplacera le fait de prendre du temps pour aider les parents à comprendre non pas la fessée comme phénomène global ou sociétal, mais ce qui s’est passé quand ils ont donné, eux, cette fessée-là à cet enfant-ci dans ces circonstances-là, donc faire de la clinique, de l’éducation et de la prévention. Dans le plus grand respect puisque c’était eux qui étaient on the spot, dans la tourmente, à réagir à chaud, et pas nous: aurions-nous fait mieux à leur place (9)?

 

En cinquante ans, nous avons, nous en tant que médecins et eux en tant que parents, tellement progressé, qu’il y aurait lieu de réfléchir un peu avant que d’engager toute action publique d’envergure et surtout rétorsive.

 

Mais on n’empêchera pas non plus le débat de ressurgir périodiquement, même quand toute fessée aura disparu.

 

Car il reste la part de mystère. Après tout, pourquoi la fessée?

 

Pourquoi la fessée, alors que la gifle (la « revirebrasse » chère à Pagnol), pourtant beaucoup plus insultante et humiliante, – comme d’ailleurs le coup de pied au cul – est sans doute beaucoup plus fréquente?

 

Retour à l’Anatomie, science superbe, en laquelle, il faut bien le dire, j’excellais durant mes études médicales, et sur laquelle j’écrirai peut-être quelque jour: Le derrière, fait de deux fesses, nous l’avons dit abondamment ci-dessus, constituées de la superposition d’un certain nombre de muscles puissants et épais, petit, moyen et grand fessiers en particulier, est une partie charnue, appétissante et familière, souvent hélas cachée ou trop souvent hélas exhibée, peut appeler chez l’adulte admiration, voire culte (la Venus callipyge), caresses ou violences désirées, dans la volupté et l’érotisme. Les enfants, petits pervers polymorphes, ne sont pas les derniers à s’intéresser au derrière, le leur et celui des autres, et à baisser leur froc pour tout autre chose que pour recevoir des fessées.

 

Il me souvient de ce petit garçon de trois-quatre ans, qui, à ma question de savoir s’il aimait l’école (quelle question!), ce à quoi il avait répondu par l’affirmative, et qui, après que je lui avais suggéré « tu ne pense pas que c’est un peu faux-cul? », baissa, à ma grande surprise, sa culotte et me montra son derrière tout rond, en répliquant: « Ce n’est pas un faux-cul que j’ai moi, mais, regarde, c’est un vrai cul! ».

 

La fessée ne vient peut-être au derrière que de ce que, justement, celui-ci est derrière, et que c’est du derrière, véritable terraincognita, que nous viennent les angoisses puisque c’est de l’arrière, que, faute de disposer d’une vision à 360°, nous contrôlons beaucoup plus difficilement, plus que de notre face avant, que peuvent advenir peurs et dangers. Après tout voit-on jamais la face cachée de la lune?

 

Si l’on veut avoir quelqu’espoir d’abolir la fessée (10), ne faut-il pas restaurer l’auguste derrière dans ses droits, lui qui assurément « ne mérite ni cet excès d’honneur, ni cette indignité »?

 

Ne faut-il pas lui restituer sa dignité de derrière, de séant, grâce auquel (et aussi à quelques autres, il est vrai, quadriceps, ischio-jambiers, triceps sural) nous tenons debout, au lieu de nous aplatir au sol comme des crêpes sous l’action conjuguée de la pression atmosphérique et de l’attraction terrestre?

 

Peut-être la fessée n’est-elle après tout que l’expression – dévoyée, on en convient – d’une angoisse de castration(11) non du devant mais du derrière, d’une taraudante inquiétude que cette partie de notre anatomie, sur laquelle nous nous asseyons avec tant de désinvolture et si peu d’égards, et que nous ne saurions voir sans jeux compliqués de miroirs, vienne à nous faire défaut, défaut qu’il s’agirait de punir, préventivement, sur les fesses aimablement rebondies certes, mais surtout visibles, accessibles, et, il faut le souligner, sans défenses, de l’enfant, faute de pouvoir accéder aux siennes propres (12) à moins que du truchement d’un partenaire en sado-masochisme, ou faute d’oser ressortir à cet usage la disciplinechère aux dévots intégristes chrétiens de l’ancien temps, qui étaient d’ailleurs le plus souvent des dévotes, et à quelques saintes authentiques et des moins négligeables.

______________________________________________________________________________

1 – Caecina Paetus, en villégiature dans sa villa de Paestum, condamné à mort pour avoir participé à une tentative de putsch contre l’Empereur Claude, reçoit, par voie diplomatique, l’ordre d’en terminer dans le courage, la simplicité et l’honneur, qui avaient été les préceptes de toute sa vie, ce que l’empereur est d’ailleurs le premier à reconnaître. Il s’attarde un moment sur sa terrasse pour contempler une dernière fois, comme le Sisyphe de Camus, « la courbe du golfe et les splendeurs de la terre ». Et comme il hésite un instant à la lisière du geste suicide, son épouse, Arria, se saisit du poignard, l’enfonce en son sein avec une ferme détermination puis tend la lame à son mari en lui disant: « même pas mal, Paetus ». (Pline le Jeune, Correspondance III, VI, 6, 97-107). Attention toutefois à faire une analyse grammaticale correcte pour ne pas risquer de traduire « Paete, non dolet » par: Péter ça ne fait pas de mal.

2 – L’histoire est bien connue, chacun l’a bien en mémoire, car elle a bien fait rigoler en son temps. Elle est heureusement rappelée par Sophie Coignard et Romain Gubert, dans leur tout récent bouquin, fort bien fait « La Caste Cannibale » (Albin Michel, 2014) pp.66-67: « En janvier 2010, ces deux anciens du FMI, économistes réputés, professeurs à Harvard, avaient publié une étude à grand succès qui démontrait que, depuis 1946, un endettement public supérieur à 90% du PIB entraînait une baisse drastique de la croissance: – 0,1% en moyenne. Les dirigeants du monde entier avaient salué cette découverte. Tim Geithner l’avait qualifiée d’excellente… Tandis que le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, s’exclamait, pour justifier les politiques d’austérité exigées des pays membres: « Il est prouvé par des recherches sérieuses que lorsque la dette publique atteint 90% du PIB, elle a un impact négatif sur la croissance pendant plusieurs années »…. (Or) un inconnu à démontré le contraire. « En 2012, Thomas Herndon, étudiant à l’université du Massachusetts, doit refaire les calculs de la célèbre étude pour un devoir d’économétrie. Il envoie donc plusieurs courriels à Carmen Reinhart pour lui demander de bien vouloir lui fournir sa base de données. Celle-ci accepte assurant qu’elle est « débordée » et qu’elle n’a plus le temps de se consacrer à cette affaire (qui l’a pourtant rendue célèbre) ».

Thomas Herndon fait et refait ses calculs. Il y découvre au moins un biais important dans la construction de la base de données. Les « deux vedettes de Harvard ont omis d’intégrer dans leurs calculs cinq pays de l’OCDE qui contredisent leur théorie. Et plus effarant encore elles se sont trompées de formule dans leur tableur Excel… » De telle sorte qu’il n’existe pas de « seuil fatidique » de 90% du PIB, et que les résultats corrigés par Herndon révèlent au contraire, au delà de ce « seuil », « une croissance moyenne de + 2,2% ». Ce dont les gouvernants, dont surtout les nôtres, pas gênés pour deux sous, se sont empressés d’exciper qu’ils pouvaient allègrement pousser les feux de l’endettement public sans vergogne au delà de 90%, l’endettement du pays donc des contribuables, pas le leur bien sûr!

3- Grande conquête du Front Popu, le congé payé reste en droit un temps de repos accordé au travailleur afin qu’il reconstitue sa force de travail en vue d’une nouvelle exploitation optimale par le patron représentant le système, et l’idéologie, productivistes. Les vacances, finalement, ça reste du travail (va = fW). Sauf pour ceux qui comme moi ne travaillent jamais tant que pendant leurs vacances.

4 – Sans se tromper toutefois: l’Arithmétique est la science des colonnes, unités, dizaines, centaines…

5 – Il est constant, et dûment averti, que, par disposition testamentaire expresse, le bureau sur lequel j’officie en mon Cabinet d’Auteuil – jolie pièce signée Roche et Bobois – reviendra de droit au sympathique patient qui sera en face de moi lorsque j’en viendrai à passer l’arme à gauche…

6 – J’ai bien aimé que mon contemporain à quelques mois près, Jean Clair, avec lequel, à lire son dernier livre, je me trouve tant de souvenirs communs (« Prélude à la Gloire », les chapitres de taxinomie de Vingt-mille lieues sous les mers, Cicéron, Comenius, le hululement de la chouette de nos ancêtres chouans, « la Beauté du Diable », Céline, Le Tour de France par deux enfants, Phalsbourg, et… la détestation de Breton…), ait cité ce texte, mais pas les mêmes phrases que moi ici: la première, bien sûr, que, autant que celle de La Recherche, nous savons tous par cœur: « Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance… », mais aussi cette merveille des merveilles « le calendrier des jours enfuis avec l’espoir de voir reflétés sur leurs pages les demeures et les étangs qui n’existent plus… » (Les Derniers Jours, NRF, 2013). Si d’aventure ces lignes lui venaient sous les yeux, puis-je lui signaler que l’hôtesse de l’air, en chinois, se dit: « la jeune fille (la jeune demoiselle, la petite sœur) au milieu du vide (ou du ciel) » 空中小姐 kōng zhōng xiao jiē.

7 – L’humour de Sophie Rostopchine ne manque pas de saveur coquine: il est vrai qu’elle en connaissait un rayon, pour en avoir, dans son enfance de petite Sophie, mais de future comtesse, reçu plus que sa dose sur ses (mac)miches…

8 – Nous étions mis à cheval, en contrepartie (c’est de saison), dès notre plus jeune âge, sur des « vrais » chevaux, bien sûr, pas comme aujourd’hui sur des poneys, ces sales bêtes, dont je me demande d’ailleurs si elles avaient déjà été inventées à l’époque. Les chevaux disparurent progressivement dans les années cinquante, non seulement de nos campagnes, mais aussi des rues de Paris où, contrairement au Petit Hans, ils m’avaient tellement rassuré après ma transplantation sauvage de ma chère Vendée au Paris d’après la Libération. Les chevaux qui tiraient au petit matin le tombereau de la Laiterie Parisienne et venaient livrer le lait cru à la crémière de la rue du Bac: Leur grand bruit était le signal qu’enfin le jour se levant, le petit garçon insomniaque aurait l’autorisation de se lever à son tour en laissant derrière lui sa nuit d’angoisses et de peurs. Les chevaux de l’Ecole Militaire furent les derniers à résister et ce fut un crève-cœur, lorsque l’armée décida de les vendre, d’être si pauvres qu’on ne pourrait même en sauver un. Je les retrouverai plus tard pendant mon internat, quand, avec mon ami Marcel Czermak, nous allions, tôt matin et par un froid de loup, galoper le long du canal de la Marne, pour revenir fourbus en Salle de Garde petit déjeuner d’un solide whisky et d’un pâté de lièvre sur le pouce avant que d’aller prendre notre service. Et d’écouter notre Maître Etienne Trillat raconter comment, à la tête des débris de sa compagnie de chasseurs, il avait, en juin 40, traversé à cheval toute la France du nord au sud, et son émotion en apercevant enfin, dans la brume d’un petit matin, se dessiner dans le lointain les murs de Carcassonne… Mention soit faite ici du der des ders, brave parmi les braves, le cheval de VilleEvrard qui, en 66-67 encore, trimbalait les eaux grasses des deux asiles voisins, Ville-Evrard pour les hommes et Maison-Blanche pour les femmes, et auquel, délicate attention qui n’appartenait qu’à lui, mon savant collègue et si cher ami Jean-Charles Pascal avait décidé d’adresser une copie de tous les courriers qu’il dictait à la secrétaire du service, copies que ponctuellement sans doute le vaguemestre de l’Hôpital délivrait, pince sans rire, à l’intéressé.

9 – « Qui suis-je pour le juger? », dit excellemment le Pape François.

10 – Si l’on se reporte à l’équation (a), il est clair que les fessées augmentent (en nombre, en fréquence et/ou en intensité) lorsque le numérateur croit, c’est à dire le produit des devoirs par les derrières, soit que les devoirs, ou les derrières, ou les deux soient plus nombreux ou quantitativement de plus de poids, plus massifs, et qu’elles diminuent au contraire lorsque le dénominateur croit, c’est à dire les vacances. Ce qui semblerait donner raison aux professeurs des classes préparatoires dans leur refus de voir augmenter leurs heures de service, et à Michel Rocard et Pierre Larrutourou dans leur plaidoyer pour la réduction drastique du temps de travail (semaine de 22h) comme solution à la crise actuelle (cf. leur excellent livre: « La gauche n’a plus le droit à l’erreur »). L’abolition de la fessée passe en tout cas par la diminution des devoirs et/ou la réduction des derrières, ou encore par l’augmentation des vacances. Remarquons que la suppression totale des vacances aboutirait à un drame mathématique: la division par zéro est impossible. On retiendra le très louable effort des compagnies aériennes qui, en affamant leurs passagers à qui elles donnent de moins en moins à bouffer, visent manifestement à réduire les derrières, dans le but évident de pouvoir en caser toujours un plus grand nombre dans une même rangée de sièges de classe touriste. Notons également que plus les derrières rétrécissent et plus l’éventuelle fessée risque de les rater et de passer à côté. Inversement, l’actuelle, et désastreuse, épidémie d’obésité, liée aux désordres gigantesques de notre civilisation à bout de souffle (lire sur ce blog l’article « Désert »), pourrait donc constituer, a contrario, un facteur d’augmentation des fessées.

11 – Menaçant de me donner (car c’est bien de cela qu’il s’agit, donner) une fessée, ce qu’elle eût été, vu son grand âge et son état de faiblesse, mais aussi du fait de son immense bonté, bien incapable de faire, ma merveilleuse arrière-grand-mère disait: « Je vais t’attacher les fesses au derrière« . Si on peut les attacher, ont peut donc les détacher. La castration décidément peut aller se nicher (se micher?) dans des rondeurs bien plaisantes…

12 – Celles du petit enfant que nous avons été, que nous portons en nous, qui nous fait vivre, et qu’il faudrait continuer à punir?