ENGUEULADE
12 juin 2017

LE BONHEUR DU METIER

Si je commence, à titre un peu expérimental, ce Blog sur le thème « Le Bonheur du Métier », c’est en appui de mon site professionnel, non seulement pour compléter et détailler les informations que j’y donne, mais aussi et surtout pour prolonger le travail avec mes patients, petits et grands – je suis pédo-psychiatre à Paris Auteuil – et je pense avoir à m’impliquer auprès d’eux au delà du travail clinique proprement dit, ainsi qu’auprès de tous ceux qui se soucient de leur santé et de celle de leurs enfants.

J’aborderai ici, dans la mesure où mon temps me le permettra, des thèmes issus de la pratique quotidienne, en prenant appui sur les questions que se posent les personnes qui viennent me consulter, mais aussi des problèmes que cela évoque pour moi en termes de développement de notre Société. Celle-ci traverse actuellement des turbulences très importantes, que depuis 2008 on a pris l’habitude de désigner comme « La Crise » – la pire dit-on depuis celle de 1929 – ou comme « La Grande Récession ».

Une crise est pour nous autres médecins ce moment clé où une maladie bascule vers soit une aggravation décisive potentiellement fatale, soit de façon tout aussi décisive vers la guérison. Ainsi, par exemple, de la scarlatine, maladie fréquente autrefois, devenue beaucoup plus rare de nos jours, qui commence par une fièvre relativement modérée accompagnée de troubles d’apparence assez banaux, rhino-pharyngés, et quelques signes spécifiques qu’un médecin habile saura seul dépister. La fièvre tombe, puis reprend de plus belle, beaucoup plus intense: C’est la crise. On peut annoncer la survenue de l’exanthème caractéristique de la maladie (les plaques rouges), suivie de la chute spectaculaire de la fièvre, et annoncer que la maladie est terminée. Le médecin n’aura qu’à veiller à ce que des complications, infectieuses par exemple, ne viennent pas aggraver les choses et mettre en danger la vie de son malade.

Ce qu’on appelle « La Crise » aujourd’hui n’est probablement que la manifestation bruyante et l’argument d’une transition autrement plus importante, qui prendra sans doute quelques dizaines d’années, entre une Société ancienne, périmée, une civilisation finissante, et une nouvelle civilisation, celle que Jeremy Rifkin explore dans son livre intitulé « La Troisième Révolution Industrielle ».

Il est possible, il est surtout souhaitable, que notre monde en sorte rénové. Mais on ne peut pas exclure que celà ne se termine très mal, ni négliger le risque de conflit généralisé majeur. Issue qu’explorent Michel Rocard et Pierre Larrouturou dans leur livre: « La Gauche n’a plus le droit à l’erreur » qui commence sur une fausse Une, datée de début 2017, du quotidien bruxellois « Le Soir »: « La Chine envahit Taïwan, Les Etats-Unis entrent en guerre »; ou Philippe Dessertine dans son bouquin un peu plus ancien « Le Monde s’en va-t-en guerre, ne sait quand reviendra ».

Ce début difficile de transition a au moins l’avantage qu’il déclenche un renouveau de la pensée et du débat, renouveau mondialisé comme tout le reste, mais bienvenu en France, d’où pensée et débat avaient quasi disparu depuis une trentaine d’années.

Les parents font un métier beaucoup plus complexe qu’autrefois, tout simplement parce que le monde, la vie, et nous-mêmes sommes devenus beaucoup plus complexes, que le futur est difficile à décrypter, et que les choix peuvent être angoissants. Ils ont besoin d’être aidés, guidés et surtout écoutés. Ils ont besoin aussi de participer activement au traitement des difficultés de leurs enfants. Il faut donc leur apprendre à les détecter le plus tôt et le plus finement possible de façon qu’ensemble nous puissions y remédier sans attendre que celà ne s’envenime. Rien ne peut être négligé. Et la procrastination est redoutable. Pour celà il ont besoin d’être en prise avec une réflexion en marche, évolutive, qui ne fasse pas l’impasse sur la complexité et ne taise ni les risques, ni l’espérance. Comme dans bien d’autres domaines, il est urgent de rouvrir le champ de la pensée.

C’est, avec mes modestes moyens, mais avec le privilège d’un poste d’observation très riche et très fécond, pour essayer de contribuer à ce renouveau, que je commence ce blog. C’est une part du Bonheur du Métier