JAPONE
12 juin 2017
GATINEAU-SAILLANT
12 juin 2017

PASSIFS

AFP 11.12.13: « Fin de parcours pour le mythique Combi de Volkswagen. D’ici quelques jours, le mythique Combi de Volkswagen, utilitaire fétiche des hippies et symbole de la liberté, disparaîtra définitivement des chaînes de production sans pour autant mettre un terme à sa légende… »

Vous souvient-il du moment, pathétique et burlesque, où, à la suite du scandale Cahuzac, nos ministres furent sommés par le Président de faire étalage de leur patrimoine. Quelque chose vous aurait-il échappé? Certainement pas le célèbre Combi Volkswagen de Mr Ayrault à 1000€: Fétiche hippie ou symbole de la Liberté (éclairant le bon peuple…), cela donne de notre Premier Ministre une image assez croquignolette. S’agissait-il d’une épave sympathique, acquise dans l’ancien temps, et customisée, qu’il eût mieux valu passer sous silence?

La dissimulation studieuse saute aux yeux dans tous ces bilans bien sages, accablants de modestie, de fausse prudence et de précautions inutiles. On se souvient toujours avec émotion de l’appartement de Mme Royale (et de Mr Hollande): 130m2 ou 150m2 dans Boulogne Nord, derrière Roland Garros et les Serres d’Auteuil, avec jardinet privatif, et qu’elle évaluait royalement à 320000€, en se « trompant » d’un bon million.

Ce qui n’a peut-être pas été assez souligné, à ma connaissance, c’est une curieuse caractéristique de tous ces bilans patrimoniaux: Ils comportent tous un actif, parfois non négligeable, mais…. pas de passif.

Ces gens n’empruntent-ils donc pas, contrairement à tant de leurs compatriotes? Bizarre. Peut-être n’en ont-ils pas besoin après tout, étant suffisamment riches pour s’autofinancer sur fonds propres.

Ou peut-être, plus méfiants encore que la plupart de leurs électeurs à l’égard des banquiers, renoncent-ils à l’effet de levier, d’ailleurs largement surfait, et se dés-endettent-ils grâce à leurs confortables émolument ministériels, et, à l’inverse de ce qu’ils font dans leurs fonctions avec l’argent des contribuables, ne dépensent-ils pour eux-mêmes que lorsqu’ils ont l’argent dans leur caisse et jamais plus que ce qu’ils ont sur leur compte.

Omission plus ou moins volontaire, alors? Peut être même pas, et c’est là que cela devient réellement affligeant.

Plus vraisemblablement, il s’agit de désinvolture, vis à vis de l’injonction présidentielle, c’est dire le respect qu’ils lui portent, mais surtout vis à vis de la franchise due aux français.

Et de les prendre pour des cons, lesquels n’ont pas cru une seconde à un tel sottisier.

Le bâclage, enfin, des petites listes concoctées un dimanche soir sur un coin de bureau ministériel fraîchement extrait des réserves du Mobilier National, avec les petits coups de fil aux petits camarades « et toi, qu’est ce que tu mets? »

Mais il y a pire. Ce petit psychodrame révèle quelque chose de bien plus inquiétant: La nullité comptable de ceux qui nous gouvernent.

Tout bilan qui se respecte comporte en effet deux colonnes, celle de l’Actif et celle du Passif.

A moins qu’ils ne paient pas d’impôt sur le revenu, d’impôt foncier, de taxe d’habitation (ce qui serait bien possible après tout, on ne sait jamais), nos ministres et secrétaires d’Etat ont au moins, ou devraient avoir, une dette fiscale, égale à la somme de toutes les contributions – et Dieu sait s’il y a – qu’ils doivent à l’Etat au titre de l’exercice écoulé, n-1.

Pour ceux, – ils n’en sont pas, ils sont en général fonctionnaires – qui seraient comme moi, profession indépendante ou libérale, artisan, entrepreneur, petit industriel, il leur faudrait aussi, au passif, porter la dette sociale, qui comme chacun le sait, se calcule sur l’exercice n-2. Ainsi, si je venais à décéder demain, ma veuve, mes héritiers, devraient s’acquitter de ma dette sociale, heureusement provisionnée, sur les années n-1 et n-2, soit en premier lieu deux années de cotisations à l’URSSAF, patronales, salariales pour mon employée, et cotisations personnelles pour moi. Plus d’autres prélèvements de moindre importance, mais qui, bout à bout, finissent par cuber, taxes sur les salaires, retraite par capitalisation pour ma salariée, Art 83, etc… Tout cela étant mensualisé, qu’elle que soit la date de mon décès, ce sont bien des années pleines, mois à mois, qui seront dues.

Mais, il y a un troisième étage au Passif minimal.

Même si l’on maintient l’hypothèse qu’aucun de nos ministres, à commencer par le premier d’entre eux, n’ait d’emprunt en cours, logement, crédit automobile (le fameux Combi serait payé depuis longtemps), crédit à la consommation, rente viagère à la vieille tante bonne sœur.

Il s’agit de la dette souveraine.

Même si, dans son livre brillantissime, David Graeber (« Dette, 5000 ans d’Histoire ») démontre que la dette n’est pas nécessairement à rembourser du fait que le fonctionnement de toute société implique une multitude de dettes privées et publiques qui ne se soldent que pour en ouvrir d’autres, leur somme n’étant rien d’autre que l’huile qui permet aux rouages de cette société de fonctionner avec souplesse, il n’en reste pas moins que les dettes souveraines existent, qu’elles sont cotées en bourse et évaluées en continu par les agences de notation.

Franchement, on nous en rebat suffisamment les oreilles, il est incompréhensible que, quand il s’agit de leur situation personnelle, nos ministres aient pu l’oublier.

S’en exonéreraient-ils par avance? S’en défausseraient-ils sur le bon peuple, merci pour lui?

David Graeber montre tout de même que dans la morale du bon peuple, précisément, une dette se rembourse. Il est probable que tous les esprits normalement constitués, et il n’en manque pas dans ce pays, en aient plus ou moins conscience.

Sauf les ministres.

Vous l’avez calculée? Votre contribution personnelle, j’entends? Moi si. Corrigez mon calcul si je me trompe (Je l’espère par excès! Carte de Chance: « Erreur de la Banque en votre faveur, recevez 20000 francs »).

Dette souveraine de la France: 1900 Milliards d’euros, soit 1,9 x 10 puissance 12.

36 millions de foyers fiscaux. 50% ne payent pas d’impôts car réputés trop pauvres, merci pour eux. 5% ne payent pas d’impôts non plus, car trop riches, ils peuvent s’évader, merci pour eux.

Soit, allons, disons, 16 millions de foyers qui sont fiscalisés. Soit 1,6 x 10 puissance 7.

1,9 x 10 puissance 12 / 1,6 x 10 puissance 7, excusez cette notation, je n’ai pas trouvé sur le clavier de mon IPad comment mettre les puissances en exposant.

Soit 1,9/1,6 puissance 12-7 = 1,9/1,6 puissance 5 = 1,19 suivi de cinq zéro = 119000€. Par tête de pipe, ou par ménage, c’est selon. Merci pour eux.

Tout cela dans l’hypothèse, hautement improbable, où cette contribution serait linéaire (a flat tax). Vous avez déjà vu jouer cela vous? Il est évident que le remboursement serait progressif, socialisme exige, selon que vous serez puissants ou misérables… Merci à vous, classes moyennes dites supérieures.

Le seul impôt juste est le seul impôt non progressif, contrairement à ce qui traîne partout. Il s’agit de la faussement nommée TVA, Taxe sur la Valeur Ajoutée.

Qui paye la TVA? Celui qui ne peut pas se la faire rembourser. Donc celui qui, au bout de la chaîne qui va du producteur, à travers une flopée d’intermédiaires (que les grandes multinationales, pour faire la culbute sans payer l’IS, multiplient à souhait faisant circuler les choux-fleurs bretons par la Chine, le Brésil, la Russie et le Luxembourg, et j’en passe), aboutit au distributeur, grossiste, puis détaillant. Et qui paye au final? Le consommateur.

Celui qui détruit la valeur. La valeur construite par le producteur en transformant la matière, par celui qui conçoit un produit, celui qui en fait les plans, le dessine, l’embellit, le fait connaître, le transporte jusqu’au contact de l’utilisateur final, le met à sa disposition, lui montre comment s’en servir, lui en garantit l’entretien et la réparation éventuelle, toute cette valeur accumulée progressivement tout au long de ce qu’on appelle justement lachaîne de valeur, est détruite in fine par celui qui la consomme, l’utilise, l’use et en fin de compte la décompose, soit de façon immédiate en consommant l’objet comme un fruit, une pièce de viande, un médicament, soit en l’utilisant et en le détruisant lentement par l’usure ou l’obsolescence, comme une voiture, un appareil électro-ménager, un ordinateur. Il est normal que ce soit cet utilisateur final qui paie la valeur ajoutée puisqu’il la détruit par l’usage qu’il en fait, à son profit. C’est une Taxe à la Destruction de Valeur, TDA.

Ce qui n’est pas normal, en revanche. c’est que le terme « TVA » mente sur ce processus, d’une part, que d’autre part ne soit pas prise en compte la valeur de la matière première qui tend vers l’infini à mesure qu’elle est ou devient non renouvelable, et qu’enfin ne soient pas prises en compte les distorsions introduites tout au long de la chaîne de valeur par le fait que certains des acteurs empochent de la valeur alors qu’il n’y ont rien ajouté, merci pour eux.

« Bon appétit, Messieurs, Oh Ministres intègres, conseillers vertueux… »

 

 

NB: on trouvera une compte-rendu très clair du volumineux bouquin de Graeber in: Rue89, Rémi Noyon: « J’ai lu Graeber sur la dette, et depuis je ballade mon banquier », 14/10/13.