GROS NULS – PETIT ESSAI SUR LA TERREUR ISLAMIQUE
12 juin 2017
DRAPEAUX
12 juin 2017

PETITS A-CÔTÉS D’UNE GRANDE CLINIQUE

Et lorsque l’Ange rompit le Septième Sceau,

Il se fit un silence d’environ une demi-heure

Apocalypse de Saint Jean

 

 

La manœuvre de Babinski fait partie des premiers éléments de l’apprentissage de la clinique médicale et de la formation des jeunes médecins. Elle fait partie du b.a.ba de l’examen neurologique qui se doit d’être complet sous peine de nullité, elle n’est donc jamais omise. Du moins l’espère-t-on.

Le réflexe cutané plantaire, réflexe archaïque présent normalement chez le nourrisson, disparaît de façon habituelle à environ six mois. Chez le bébé, la stimulation de la plante du pied entraîne l’extension des orteils et en particulier du premier. C’est le réflexe de Babinski, du nom du grand neurologue français, Joseph Babinski (1857-1932), qui en a donné la description princeps.

Ce réflexe primitif disparu, la manœuvre de Babinski provoque désormais, chez le sujet sain, un réflexe de flexion et non plus d’extension. On dit alors que le réflexe cutané plantaire est normal.

La manœuvre de Babinski consiste à frotter la plante du pied le long de son bord interne, d’arrière en avant, c’est à dire du talon vers la pointe de pied, avec un stylet mousse, assez classiquement la pointe de la vis d’attache du galet du marteau à réflexes à son manche, tout autre objet semblable, mais non contondant, pouvant être employé à défaut.

Lors de cette manœuvre, l’inversion du réflexe normal se traduit par une extension « lente et majestueuse » du gros orteil, accompagnée parfois de l’abduction des autres orteils (éventail de Dupré). On dit alors que la manœuvre est positive et qu’il existe un Signe de Babinski.

Le Signe de Babinski à ceci d’infiniment précieux qu’il est pathognomonique des lésions des voies pyramidales, ces longs faisceaux d’axones qui relient les grandes pyramidales, ou cellules de Betz, du cortex moteur (frontale ascendante) au point de départ des nerfs moteurs périphériques dont les noyaux sont situés, à chaque étage, dans la corne antérieure de la moelle. Il s’agit donc des voies nerveuses les plus longues et les plus rapides, qui président à notre motricité volontaire, et qui sont à ce titre essentielles à notre survie.

En apportant une preuve certaine de la lésion, quel qu’en soit le niveau, de cette voie royale de la motricité, le Signe de Babinski permet d’orienter très rapidement les investigations du neurologue avec une sûreté dont on peut comprendre combien elle a pu enthousiasmer, à l’époque de sa description, les médecins qui nous ont précédé.

Ainsi, une manœuvre très simple aboutit-elle à un signe pathognomonique qui conduit le clinicien vers un diagnostic clair, indubitable et d’une grande élégance.

A une époque où ne disposions pas encore des moyens d’investigation et d’imagerie devenus si courants aujourd’hui, on peut comprendre l’émerveillement que suscitaient chez les jeunes futurs médecins ces signes pathognomoniques issus de la curiosité et de la rigueur d’observation de nos prédécesseurs, pas si éloignés dans le temps, puisqu’ayant vécu et exercé fin XIX°- début XX°, ils étaient somme toute de la génération de nos grands parents. Certains étaient amis de mon grand-père maternel, tel le vieux père Grenet – celui du Syndrome de Grenet-Mézart (1) – qui, d’une preste pince, procéda à l’ablation de mes végétations adénoïdes, dans le grand salon de la Maison Sauvé, alors que j’étais sur les genoux de ma mère, sa filleule.

Ces signes cliniques remarquables, tel celui, décrit par Henry Köplik (1858-1927), comme l’énanthème si caractéristique permettant d’annoncer sans erreur la survenue de la rougeole, faisaient l’objet des questions que nous devions apprendre absolument par cœur en préparation du concours de l’Externat des Hôpitaux.

Lors de mon année d’Externat à Cochin dans le Service de Pneumologie du Doyen Brouet, notre Chef de Clinique, Cathelineau, descendant direct du Généralissime de la Grande Armée Catholique et Royale, qui, même si nous sommes, malgré le populicide, devenus sincèrement et loyalement Républicains, – qui donc a dit que l’assimilation ne fonctionnait pas dans notre beau pays? – reste cher à mon cœur qui bat encore au sein de la Vendée Militaire, nous confisquait les clichés radiologiques: « Je ne vous les montrerai, disait-il, que lorsque vous serez capables de me dessiner correctement les lésions. Comment faisait donc Laennec, selon vous? Eh bien, il se débrouillait avec ses yeux, ses mains, ses oreilles, l’inspection, la palpation, l’auscultation, et ce petit cylindre de bois dur qui allait devenir le stéthoscope ». Bon prince, Cathelineau nous laissait notre moderne stéthoscope, totem du jeune carabin.

Je puis vous assurer qu’après deux mois de ce régime, nous étions capables de décrire et de dessiner, avec toute l’argumentation nécessaire, les lésions pulmonaires dont souffraient nos malades, avec une précision quasi-radiologique. Et, en prime, le bonheur de confronter après coup l’exactitude de nos dessins avec ce que montraient les clichés radiologiques, sans compter la fierté d’avoir marché dans les pas de l’illustre inventeur du stéthoscope.

Plusieurs années auparavant, un autre événement m’avait introduit dans le monde de la grande Clinique, avec un enthousiasme qui ne s’est pas, depuis, démenti.

Très célèbre Professeur de Neurologie à la Salpétrière, Théodore Alajouanine, qui avait été l’un de ceux qui avaient pris l’initiative de faire apposer, sur l’un des pavillons de l’Hôpital, une plaque commémorant le séjour d’étude qu’y avait fait Sigmund Freud, Théodore Alajouanine, donc, s’était fait la réputation prestigieuse de pouvoir poser des diagnostics d’une incroyable précision et exactitude sans entrer dans la chambre du malade. Ce qui constituait un phénoménal débordement de la Clinique, puisque le mot « clinique » signifie une médecineauprès du lit du patient que l’on examine, et que c’était en cet endroit que se faisait cette formation si exceptionnelle que nous dispensaient, en ces temps-là, nos Maîtres. À preuve, les stations successives auprès de chaque lit de la Salle, lors de la visite bi-quotidienne de l’interne ou du Chef de Clinique, et la grande visite avec le Patron dans toute sa pompe, prétexte à enseignements d’une virtuosité technique, d’une expérience et d’un savoir étourdissants, inoubliables, dont nous bénéficiions en cette occasion.

Peu de temps après son élection à l’Académie de Médecine, dont il disait avec la modestie du grand savant, qu’elle était due non à ses mérites ou ses travaux, mais à la bienveillance de ses collègues qui avaient bien voulu se souvenir qu’il avait été autrefois le compositeur de quelques chansons de Salle de Garde, dont l’inénarrable « Chloroforme », mon grand-père maternel, Louis de Gonzague Sauvé (1881-1960), Chirurgien des Hôpitaux, Président de l’Académie de Chirurgie, descendant d’un long lignage de médecins et de chirurgiens, dont certains illustres, faisant de cette famille l’une des plus anciennes familles médicales de ce pays, entra soudain dans un coma profond, qui fit penser à tout le monde, y compris à son fils chirurgien, mon oncle Georges, qu’il faisait un accident vasculaire cérébral.

L’on s’accordait à penser qu’il n’en avait plus que pour quelques jours. En classe de Seconde – l’on disait alors de Rhétorique – dans un internat reculé du Maine et Loire, je pris sur moi, faisant fi d’une autorisation paternelle qui de toutes façons n’aurait pas été accordée, de ramasser mes maigres économies et de prendre un train de nuit pour me précipiter au chevet de ce grand-père bien aimé qui avait été, de tout temps, au cœur de ma vocation médicale.

Lorsque j’arrivai, l’antichambre de l’immense appartement de la rue Saint Simon était emplie de tout ce que Paris comptait de sommités médicales. Mon cher grand-père gisait sur un vaste lit dressé au fond du grand salon, entouré des siens, déjà dans l’affliction du deuil.

Personne n’avait osé prendre la décision de pratiquer une ponction lombaire pour confirmer le diagnostic, au risque que cette manœuvre n’aggravât l’hémorragie cérébro-méningée.

Tout à coup, mouvement de foule et murmures insistants dans l’entrée. Je n’oublierai jamais cet instant fabuleux. Le Professeur Alajouanine, le front soucieux, fait son apparition, se débarrasse de sa pelisse et de sa canne aux mains de la gouvernante, les sommités (fleuries) s’écartent et font la haie pour le laisser passer. Sans un mot, Théodore Alajouanine vient se poster dans l’embrasure de la double porte du grand salon, et profondément concentré, indifférent à tout ce qui l’entoure, se plonge dans l’observation de celui qui était désormais sonmalade.

Le silence était à couper au couteau, l’angoisse palpable, étonnants compte tenu de cet aréopage de savants considérables et de médecins à l’immense réputation. L’illustre Professeur était toujours parfaitement immobile, plongé dans son intense réflexion, tellement hors du commun que je serais bien incapable de dire encore aujourd’hui sur quelles finesses inaccessibles au commun des mortels elle pouvait bien s’appliquer.

L’attente se prolongeait dans le respect général. Puis d’une voix douce, Alajouanine prononça les mots suivants: « Messieurs, notre ami Sauvé souffre d’une méningite virale. Le Professeur Milliez ici présent voudra bien pratiquer une ponction lombaire pour confirmer qu’il n’y a pas de sang dans le liquide céphalo-rachidien. Je vous remercie. »

Puis il reprit canne, chapeau et pelisse des mains de la gouvernante qu’il remercia avec une courtoisie exquise, et s’en alla.

Quelques jours après, mon grand-père bien aimé émergea de son coma et fut bientôt à nouveau sur pieds.

Il s’avéra qu’il avait dû prendre froid en allant poser torse nu dans l’atelier du sculpteur qui s’était chargé de la médaille commémorative qu’il était d’usage qu’une souscription permît d’offrir au nouvel académicien. Ce sculpteur, au patronyme prédestiné, De Hérain, était lui-même ancien Interne des Hôpitaux de Paris. J’ai encore cette médaille, ainsi qu’une petite plaque de bronze de sa main représentant, de façon charmante, en ronde bosse, les profils joints de mon grand-père et de son épouse, Marie Bourdon, ma délicieuse grand-mère. C’était l’époque où, puisque nous n’avions ni photographie suffisamment précise, ni bien sûr de caméra, il y avait dans chaque Salle d’Opération de grand patron, au moins pour les interventions complexes ou expérimentales, un artiste, souvent médecin lui-même, chargé de dessiner chaque temps opératoire, comme chez mon Maitre Georges Thommeret. Passionné moi-même de dessin, je m’émerveillais de la virtuosité de ces artistes, comme, plus tard, au cours de ma carrière d’Expert, je m’enchanterai du talent de ceux qui croquent sur le vif lesmoments des audiences de la Cour d’Assises.

Bien des années après, « Méningite Virale » me rattrapera comme question sortie de l’urne pour l’épreuve de Médecine à l’écrit de l’Internat. Salvando Salvatus, elle me sauvera.

Grand résistant, le Professeur Paul Milliez, dont la fille, charmante, sera l’une de mes camarades de promotion, était alors Agrégé dans le Service de Pasteur Valéry-Radot à Broussais lequel, au début du siècle, avait fréquenté, de façon souvent chahuteuse, mais déférente, la Conférence d’Internat qu’alors dans son Clinicat, mon grand-père donnait à son domicile juste après la Barrière d’Enfer (la banlieue à l’époque, aujourd’hui Place Denfert-Rochereau!)

Quelques années plus tard, par affection, réciproque, pour mon grand-père, le Professeur Milliez voudra bien m’accueillir tout un été à Broussais, alors que je venais de terminer mon PCB, pour me mettre la main à la pâte et le pied à l’étrier. Je n’étais pas encore officiellement étudiant en Médecine. Il existait en effet, dans ces temps là, une année de propédeutique, une classe préparatoire en quelque sorte, une « Prépa », d’ailleurs fort bienvenue, qui se passait à la Faculté des Sciences, rue Cuvier, année bénie que nous passions presqu’entièrement au labo, en Physique, en Chimie (« La Mathieu »), en biologie, l’œil vissé au microscope, et puisqu’à l’époque, comme je l’ai dit ci-dessus, il n’y avait ni photographie ni caméras facilement accessibles, il nous fallait tout simplement dessiner tout ce que nous observions: Mes planches, que je passais mes nuits à peaufiner, faisaient le tour des professeurs.

C’est au cours de cet été, qu’à la demande de l’Interne qui, sous le regard discret et bienveillant du Professeur Milliez, avait été chargé de m’enseigner le b-a-ba de la clinique, j’eus à mener à bien ma première observation médicale complète assortie, bien sûr, d’un examen clinique et neurologique approfondi. Il s’agissait d’une toute petite dame menue, toute frêle et ridée, largement nonagénaire et qui se mourait de tuberculose.

Elle fut, avec le jeune empoté que j’étais, d’une bienveillance et d’une tolérance émouvantes. Lorsque je lui demandai ce qu’elle faisait quand elle était jeune, elle me répondit crânement: « J’étais vachère dans Vaugirard! »

Je revoyais d’un coup mon arrière-grand-mère Foyer me racontant l’arrivée des casques-à-pointe en 70 et les loups rôdant à la brune autour des villages du Maine-et-Loire. C’est blotti à ses pieds, près de la chaufferette pleine de braises, l’un des rares endroits, hormis la cuisinière à charbon, où il faisait un peu chaud dans la grande maison de famille de Pouzauges, un ancien presbytère du 16° siècle, que j’appris à lire, dès quatre ans, dans le livre d’Histoire Sainte ayant appartenu à mes oncles, au décours de la Grande Guerre. Et je compris que nous étions tous des migrants de l’histoire autant que de la géographie.

La Manœuvre de Tuffet peut être réservée en pratique courante aux personnes de Beau Sexe et à elles seules. En clinique quotidienne, le praticien pourra négliger l’éventualité assurément rarissime qu’elle puisse avoir à s’appliquer à des sujets du sexe masculin, éventualité qui n’intéressera que le grand interniste parisien qui, soucieux d’exhaustivité, tiendra à en conserver l’hypothèse ténue dans un coin de son immense mémoire, au cas, il est vrai, bien improbable, où il aurait à en évoquer la réminiscence discrète au bénéfice de l’un de ces diagnostics fulgurants dont il a le secret.

Simplissime, elle consiste à prier la patiente de bien vouloir croiser les bras sur sa poitrine, de la façon la plus naturelle possible, sans crainte ni angoisse, tant il est vrai que, selon la parole eucharistique, il n’y aura « ni jugement, ni condamnation ».

La Manœuvre est réputée négative si les seins de la patiente se positionnent tranquillement au-dessus de ses bras croisés. On dit alors que le Signe de Tuffet est négatif.

 

Dans le cas contraire où les seins de la patiente se retrouventsous ses bras croisés, alors, indubitablement, le Signe de Tuffet est positif.

Le praticien, dont le sens clinique aiguisé ne saurait être pris en défaut, conclura alors à une ptôse mammaire sévère et prescrira très probablement et sauf contrindication manifeste, le port  continu, sauf à la rigueur la nuit (?), de ce que ma charmante grand-mère Sauvé appelait joliment « un appareil de précision », plus communément nommé, de nos jours, « sous-tif ».

Sur ce point précis, l’attention du clinicien peut être attirée par l’attitude stéréotypée d’un grand nombre de femmes qui, dans la rue, mais aussi, souvent, à l’intérieur, se tiennent ou marchent les bras croisés sur la poitrine.

Certes, actuellement, cette position a tendance à être supplantée par une autre posture, tête inclinée majoritairement du côté droit, sauf chez les gauchères, avec bascule des épaules et du tronc du même côté en légère torsion, et de tous les équilibres des segments inférieurs du corps, position due à l’usage permanent du smartphone, le côté opposé étant généralement dévolu aux sacs, nombreux, trois minimum, que transportent en permanence nos délicieuses compagnes, assurément les plus belles du monde, sacs dont elles ne semblent pas pouvoir se passer, sans préjudice de la laisse du chien, lui aussi indispensable. Il faut donc, à ce chapitre, anticiper une augmentation des scolioses, des troubles rhumatismaux qui en découleront avec leur cortège d’arrêts de travail et de consommation d’anti-inflammatoires et corticoïdes.

Mais la posture bras croisés demeure très fréquente, en particulier à la mi-saison, lorsqu’on est moins engoncée dans les manteaux, doudounes et autres impedimenta.

Il semble que ce sont les femmes les plus jeunes, peut-être les plus minces, voire élégantes, qui tendent à adopter cette position, que la généralisation du smartphone vient bousculer.

S’agit-il d’une posture de protection de la partie basse du thorax ou de la partie haute de l’abdomen, qui peuvent être menacées par des agressions extérieures, ou internes (douleurs gastriques..)? On peut en douter puisque, comme je l’ai signalé ailleurs (voir l’article « Forfaits » sur ce blog), nous avons la chance de vivre dans un temps de décolleté omniprésent qui témoigne assez que, quoiqu’en disent les médias et les organisations féministes, nos compagnes ne se sentent pas aussi en danger que cela.

Nous traversons en effet, pourquoi s’en plaindre, une époque, charmante, de seins à l’air, comme il y en eût et qu’il y en a périodiquement dans notre pays, le Directoire, la Régence, fort seyante pour les « Tuffet Négatifs », d’autant qu’elle s’affranchit volontiers, désormais, de toute saisonnalité, grâce à la Clim et au réchauffement planétaire.

Lors d’un dîner mondain, le bon Monsieur de Voltaire se trouve placé en face d’une dame d’un âge certain arborant un décolleté abyssal. Difficile d’éviter que le regard ne glisse sur la chose, gorge profonde renouvelée du Watergate. La dame minaude, tentant le service-volée: « Ah, Cher Maitre, je vois que vous vous intéressez à mes deux petits coquins! ». Le retour de service, évidemment, aussitôt fuse, sans appel. Un ace: « Vous voulez sans doute parler, Madame, de ces deux grands pendards! ». Voltaire, fin clinicien, n’avait pas eu besoin de la Manœuvre de Tuffet pour poser le diagnostic.

S’agit-il d’une posture de maintenance, mécanique en quelque sorte, destinée à pallier l’absence ou l’insuffisance des soutiengorges dont on peut se demander s’ils servent encore à quelque chose, tant ils sont diaphanes et transparents. Éventuellement pour la déco?

S’agit-il d’une posture d’attente, comme si, ne sachant que faire de ses bras ou de ses mains, on les plaçait dans cette position « rangée », repliés en bon ordre?

S’agit-il d’une attitude de maîtrise, celle de l’institutrice, de la surveillante, de l’inspectrice (des travaux finis?), corrélative de l’ascension des femmes sur le marché du travail, jusqu’à y occuper des positions prédominantes, la disparition progressive des tâches manuelles (des « petites mains »), au profit de tâches d’organisation, de direction, de réflexion, de conseil, rendant un peu inutiles les mains qui seraient ainsi repliées en position de repos?

Une hypothèse intéressante serait que, pour ces femmes qui adoptent de façon si courante et si répétitive cette posture bras croisés, celle-ci réaliserait une sorte de démonstration, d’affirmation inconsciente de l’absence du Signe de Tuffet.

Une sorte de manifestation muette de l’absence, de revendication du manque, du manque du Signe, plutôt contre-intuitive.

Alors même que le Signe de Tuffet positif, malgré les petits miracles de la chirurgie esthétique et les progrès technologiques en matière de sous-tifs légers et néanmoins efficaces, demeure on ne peut plus d’actualité.

En témoigne cette œuvre, exposée sous le titre « Splendor Veritas« , par Zlatko Glamocak, au Salon Comparaisons 2015 au Grand Palais (Groupe « Expression hors les normes »):

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1 – Complication toxinique tardive et grave survenant au 36° jour de l’évolution de la Diphtérie, réalisant une paralysie périphérique ascendante pouvant nécessiter une assistance respiratoire. La Diphtérie est provoquée par des souches toxinogènes du bacille corynebacterium diphteriae (spécifiquement humaine) ou Corynebacterium ulcerans, zoonose dont l’habitat est le chien et le chat. La bactérie n’est capable de produire cette toxine qu’en présence d’un bactériophage. Mon grand-père s’était vivement intéressé aux bactériophages comme voie possible de traitement des affections bactériennes, en particulier dans leurs complications les plus graves. Des essais avaient été faits semble-t-il en particulier en chirurgie de guerre à une époque où les antibiotiques n’existaient pas encore. L’arrivée de ceux-ci rendit caduque la recherche sur les bactériophages jusqu’à ce que, de plus en plus de souches bactériennes développant des résistances multiples aux antibiotiques, la question des bactériophages ne revienne à l’ordre du jour.

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Appendice

 

Nous avons reçu du Professeur R.T. Badmington, l’éminent titulaire de la Chaire d’Histoire Comparative de la Clinique Médicale Française à Trinity College et consultant à la Tavistock Clinic, l’illustre Lord Badmington, himself, ce qui nous est un très grand honneur, le courrier suivant, dont nous donnons la traduction ci-après, à l’usage de nos lecteurs qui, it’s a pity, ne seraient pas anglophones.

La Rédaction.

London, January 5th, 2016

 

Messieurs,

J’ai lu avec intérêt votre article consacré à ce que mon cher et vieux collègue, le regretté Dr T. nommait, avec son désinence – en français dans le texte – so british de l’understatement, les « petits à côté de la grande clinique », cette prestigieuse Clinique qui fait l’honneur de la Grande École Française.

J’avais eu le plaisir de faire la connaissance du Dr T. il y a maintenant bien plus d’un demi-siècle, alors que nous étions condisciples à Carnegie Mellon, au moment même où il venait de nous donner la description princeps du Signe qui porte son nom. Et à peine trois années avant sa malheureuse disparition.

Puis-je me permettre de vous signaler toutefois qu’il existe ce que l’on pourrait appeler un autre signe de Tuffet, tout aussi intéressant, et aussi utile au clinicien, que celui qui est décrit si savamment dans votre article, et dont l’antériorité vis à vis de celui-ci est désormais solidement attestée et la paternité totalement irréfutable.

Longtemps considéré comme apocryphe et attribué à tort à un très-honorable confrère néo-zélandais décédé depuis, l’article original, qui date de la fin des années quarante, a été fort heureusement restitué à son véritable auteur, après de longues et minutieuses recherches dans la littérature, par notre savant collègue le Pr Maynard P. Rosmuth, de Duke, dont on sait tout l’intérêt qu’il porte aux travaux de ce fin clinicien français, si modeste et si profond, en même temps qu’il s’attache, en toutes circonstances à la plus grande exactitude bibliographique et à la manifestation de la vérité.

Recherches acharnées et subtiles qui, comme on le verra ci-dessous, me soulagèrent enfin d’un doute térébrant.

On trouvera son étude complète dans le JAMA, LXIX, T.IV, 1956-57, pp.3842-47, d’où j’extrais la citation de ce texte princeps, où le Dr T. fait état de ce que l’on pourrait nommer, en toute justice, Second Signe de Tuffet (S2T):

« On n’a peut être pas assez rendu hommage à tous ces objets modestes, utilisés souvent dans leur pratique par des cliniciens inventifs, démunis à l’occasion des instruments plus nobles, et contraints de se débrouiller avec les moyens du bord, capuchons de stylo, épingle à nourrice, verre à moutarde, barrette à cheveux, linge noir si utile dans la mise en évidence de la desquamation finale, « fine et furfuracée » de la rougeole, dos de la cuiller (qui n’y va pas de main morte), cigares de La Havane chers à Pécuchet, gnôle de pays, chausse-pied, élastique à culotte, humbles comparses de la vie quotidienne du médecin, mais toujours sous la main.

« La modeste ceinture est de ces objets, précieux pour le diagnostic. Ainsi, selon que la protubérance abdominale du sujet mâle se trouve située au dessus ou au dessous de la ceinture, on observera deux cas de figure bien distincts, pour ainsi dire opposés.

« Dans le premier cas, le pantalon se trouve rehaussé jusque sous les côtes, faisant ressortir le ridicule d’un ballon rond, enserré derrière la braguette, et de bas de pantalons remontant au dessus des chevilles, ce qui est appelé plus communément « feu de plancher ».

« Dans le second cas, le pantalon glisse sur les hanches, entraînant son fond à mi-cuisses, et les jambes tire-bouchonnant sur les chevilles, le slip ou plutôt le string laissant apparaître, au milieu de bourrelets de graisse bien trop volumineux pour bénéficier encore de l’appellation, familière et affectueuse, de « poignées d’amour », le tiers supérieur du pli inter-fessier, surmonté d’un classique tatouage représentant communément un papillon ou une grosse mouche.

« Sur une vue antérieure, la ceinture disparaît sous et derrière la protrusion de l’abdomen qui, tel un tsunami adipeux se répand en nappes pouvant descendre jusqu’au sexe, dans la configuration classique du « tablier de sapeur ».

« Les vieillards proprets, discrètement alzheimérisés ou parkinsoniens, bien tenus par leur fidèle gouvernante et/ou vieille maitresse, adoptent volontiers la première disposition, qui, chez les plus jeunes indiquerait plutôt un autisme de Kanner ou quelque idiotie amaurotique de Bourneville.

« Tandis que la seconde est plutôt l’apanage d’hommes mûrs (mais tous les âges sont représentés, il n’est jamais trop tôt, ni trop tard, pour bien faire), anciens motards, énarques marginalisés, généralistes à l’abandon, vieux ouvriers relâchés, cadres de syndicats réformistes, tous nostalgiques des baggies de leur jeunesse.

« Dans les deux cas, la modeste, l’humble ceinture, met en évidence, au dessous-au dessus, le bide énorme qui témoigne de la répartition masculine des graisses en excès.

« Dans la première variante, la ceinture n’apparaît plus, fugitivement, que sur une vue zénithale en plongée, dans la seconde, elle n’est aperçue, au mieux, que dans une vue en contre-plongée d’un point théorique placé au sol, à l’avant centre du polygone de sustentation.

« La grande clinique invite le praticien à la modération. Les diagnostics d’inspection sont souvent le meilleur d’un métier de paresseux, économe de moyens, adepte de l’art pauvre, voire d’une sorte de sobriété heureuse. On s’en contentera ici, tant il est clair que toute prescription d’amaigrissement ferait, précisément, un bide.

« L’interniste savant – pléonasme – ne manquera pas, devant ce faisceau insistant de preuves, de faire valoir qu’à partir d’un certain âge, en effet, le tronc tend à devenir réellement tronculaire, inévitablement cylindrique, la taille de s’effacer, et le pantalon, sauf à le remonter artificiellement, mais de façon grotesque, vers les fausses côtes, tend irrémédiablement à glisser vers le sol, entraîné par la déroute entropique.

« Ou par cette catastrophe anthropique qui fait que plus belle la vie ne manque pas de se terminer en terre, soit en fin de compte assez mal, sauf, temporairement, pour nos héritiers.

« La ceinture, cet objet magnifique et qui si longtemps fut la fidèle compagne de l’homme en la force de son âge, se voit alors frappée d’obsolescence. Il est grand temps, désormais, qu’elle admette sa défaite.

« Et voici donc venu, enfin, le temps joyeux du triomphe des bretelles, contemporain, on l’aura remarqué, de celui, béni, du double mixte… »

Je garde dans ma mémoire, et dans mon cœur, le souvenir vivide de cette visite que je lui rendis, peu de temps avant sa mort, en sa Chartreuse de Dieu l’Amant, cette charmante propriété où il avait investi tous ses talents de décorateur et de graphiste, et rassemblé, outre sa merveilleuse collection d’art nègre réunie au cours de ses pérégrinations africaines, les œuvres de ses nombreux amis peintres et sculpteurs.

Dont le célèbre « Enfer et ses fils, 10 rue de Rambouillet,  Paris », ce délicat chef-d’œuvre de l’ami Philippe Gourier et qui terrorisait ses trois fils à l’idée de celui dont les hasards testamentaires en feraient l’héritier, lorsque leur père y serait, en enfer,  pour de vrai, descendu. T’y trouves-tu donc vraiment aujourd’hui encore, cher vieux compagnon des jours anciens, des années disparues?

Lorsque j’avais évoqué devant lui ce texte que je viens de soumettre à votre sagacité, il s’était contenté de sourire, réfutant doucement mon soupçon qu’il en fut, en réalité, l’auteur, et, détournant la conversation, m’avait entraîné dans la contemplation de l’ensemble, qu’il avait patiemment et passionnément assemblé, d´œuvres de la première période de son vieux camarade Ben-Ami Koller, cet immense génie du dessin académique, à jamais inégalé.

Puis, et nonobstant mon amicale insistance, niant toujours, il m’avait guidé vers ses chers rosiers, en chantonnant, mezzo voce, la chanson bien connue:

 

                        « On m’a donné cent sous,

                        « Pour m’acheter des bretelles,

                         »J’ai gardé mes cent sous,

                        « Pour aller au bordel,

                                                                      (sur l’air du Saint Louis Blues)

                       « Oh yeah! »

Ce fut notre dernière rencontre, et, hélas, mon dernier souvenir de lui.

A cette évocation, je ne puis m’abstraire de cet autre remémoration: lorsque, dans « La Beauté du Diable », Méphistophélès, alias Michel Simon, alias Gérard Philipe, sifflote, d’un air goguenard, la non moins fameuse « Chanson des Trois Orfèvres »…..

Très honoré de l’attention que vous aurez bien voulu accorder à ce petit poulet, je vous prie de croire, Messieurs, à l’expression de ma plus vive et respectueuse considération distinguée,

 

                   Pr. Richie Taylor Badmington,